Le viaduc de Lavassac
Un ouvrage remarquable de la ligne Tournemire – Le Vigan
Le viaduc de Lavassac, également connu localement sous le nom de « viaduc Eiffel », est l’un des principaux ouvrages d’art de l’ancienne ligne ferroviaire reliant Tournemire, sur le plateau du Larzac, au Vigan.
Construit à la fin du XIXe siècle pour permettre à la voie ferrée de franchir la vallée de l’Arre, il se distingue par une travée métallique unique de 80 mètres d’ouverture.
Ce choix était directement lié aux caractéristiques du terrain. Bien que le rail ne se trouve qu’à environ 27,50 mètres au-dessus du fond de la vallée, les sondages effectués avant les travaux avaient fait craindre de sérieuses difficultés pour établir des piles dans le lit de la rivière. Les ingénieurs choisirent donc de franchir la vallée d’une seule portée.


Le viaduc de Lavassac le 28 juin 1896, date indiquée sur les photographies, quelques semaines avant l’ouverture de la ligne Tournemire–Le Vigan.
La construction du viaduc
La partie métallique du viaduc fut adjugée le 21 février 1893. Sa fabrication débuta en usine le 9 janvier 1894, avant que son montage sur place ne soit réalisé entre le 9 avril 1894 et le 27 mars 1895.
Le métal provenait des usines de La Providence à Hautmont (Nord) et fut mis en œuvre dans les ateliers de la Société des Ponts et Travaux en fer, à Montataire (Oise). Le poids total du métal employé atteignait précisément 417 171 kg, soit un peu plus de 417 tonnes.
Les culées furent construites en maçonnerie et prolongées de part et d’autre par deux voûtes d’évidement de cinq mètres d’ouverture. Leurs fondations furent établies sur des bancs de marne dure. Les travaux nécessitèrent d’importants boisages et épuisements en raison de la présence de l’eau.
Une travée métallique de 80 mètres
Le tablier métallique est constitué de deux poutres droites de 83,72 mètres de longueur et 9,96 mètres de hauteur, reliées par des longerons, des pièces de pont et des contreventements.
Les poutres principales sont du système Linville, décrit à l’époque comme une poutre double du système Pratt. Le tablier, destiné à une voie ferrée unique, est placé à 1,80 mètre sous les membrures supérieures. Une passerelle permettant l’inspection de l’ouvrage avait également été prévue dans sa partie inférieure.

Élévation du viaduc métallique de Lavassac. La vallée de l’Arre est franchie par une travée unique de 80 mètres.

Coupe transversale de la structure métallique du viaduc de Lavassac, montrant les éléments de contreventement et l’assemblage de la poutre.
L’ouverture de la ligne en août 1896
Après onze années de travaux pour l’ensemble de la ligne, la section reliant Tournemire au Vigan fut ouverte à la circulation en août 1896.
Quelques jours auparavant, un train spécial avait parcouru la nouvelle ligne avec à son bord la commission chargée de sa reconnaissance et de sa réception. Parti de Millau, le train atteignit Tournemire avant de poursuivre jusqu’au Vigan.
Au cours de ce voyage, la commission effectua plusieurs arrêts auprès des principaux ouvrages d’art, notamment au viaduc de Lavassac. À l’issue de cette inspection, elle jugea la ligne en excellent état et fixa son ouverture au lundi 24 août 1896.

« La ligne d’Albi au Vigan », L’Union républicaine du Tarn, 22 août 1896. L’article relate le voyage de reconnaissance effectué quelques jours avant l’ouverture de la ligne et mentionne notamment un arrêt au viaduc de Lavassac. Source : Gallica – Bibliothèque nationale de France.
Le viaduc présenté à l’Exposition universelle de 1900
Quelques années seulement après sa construction, le viaduc de Lavassac fut présenté dans une publication consacrée aux ouvrages exposés lors de l’Exposition universelle de Paris de 1900.
La notice décrit avec précision sa conception, ses dimensions, les matériaux employés et les différentes étapes de sa construction. Elle est accompagnée d’une photographie montrant le viaduc et la vallée de l’Arre au tout début du XXe siècle.

Le viaduc de Lavassac. Illustration publiée en 1900 à l’occasion de l’Exposition universelle de Paris, dans les Notices sur les modèles, dessins et documents divers relatifs aux travaux des Ponts et Chaussées. Source : CNUM – Conservatoire national des arts et métiers. Droits réservés CNAM.
Le viaduc de Lavassac aujourd’hui
Plus d’un siècle après sa construction, le viaduc de Lavassac est toujours en place et constitue l’un des témoignages les plus spectaculaires de l’ancienne ligne ferroviaire de Tournemire au Vigan.
Sa reconversion dans le cadre de la voie verte permet aujourd’hui de franchir à pied ou à vélo la vallée de l’Arre et d’observer de près la remarquable structure métallique de l’ouvrage.


Le viaduc de Lavassac aujourd’hui : vue de la structure métallique et du tablier, désormais emprunté par la voie verte.
De la voie ferrée à la voie verte
La ligne fut exploitée pour le transport des voyageurs jusqu’en 1939. Le trafic de marchandises fut ensuite progressivement supprimé sur les différentes sections de la ligne.
Ouverte au public en 2011, une partie de l’ancienne voie ferrée entre Arre et Molières-Cavaillac a été aménagée en voie verte. Sur environ 3,5 km, elle permet notamment de franchir le viaduc de Lavassac et de parcourir deux anciens tunnels, aujourd’hui éclairés à l’énergie solaire.
Cette reconversion permet de conserver l’usage de l’ancienne infrastructure ferroviaire tout en offrant un itinéraire de promenade permettant de découvrir les paysages de la vallée de l’Arre et plusieurs ouvrages d’art de l’ancienne ligne.

Le village d’Esparon vu à travers la structure métallique du viaduc de Lavassac.